Un filet. Un harnais. Une cordée.

Une tente. Un plancher (bricolé). Mes shoes increvables. Mon short ou mon vieux froc troué. Un tee-shirt ‘uniforme’ customisé. Mon gilet à capuche. Une bande de joyeux drilles. Non, je n’ai pas 18 ans. Non, je ne suis pas avec ma tribu 7e Centre, dans un pâchis, à Chimay ou ailleurs, à amuser une meute de petits bonhommes verts ou à (essayer de) dompter des vaches. Non. Mais c’est tout comme … C’est une émotion. C’est une belle aventure humaine. J’ai 37 ans et je viens de vivre le Ronquières Festival. Un Festival de rêve …

Certes, je pourrais vous dire que j’ai servi un whisky à Pete Doherty. Certes. D’ailleurs voilà. C’est dit. J’ai servi un whisky à Pete Doherty. Un café et une bière aussi. Je pourrais vous dire que la programmation, à une exception près, était topissime. D’ailleurs, c’est vrai. Topissime. A une exception près. Je pourrais vous dire aussi qu’à part pour les Brigitte, on a eu de la chance avec le temps. J’assumerais même ce commentaire météo sans rougir. D’ailleurs, je l’assume. On a eu un bol de ouf avec le temps. A part pendant le concert des Brigitte.

Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est ailleurs. L’essentiel est dans les rencontres. Celles qui datent et celles qui promettent de dater. Pour réaliser un rêve, des potes (complètement barges) ont réuni (ce que j’appelle) leurs tribus.  Bosser sérieusement sans se prendre au sérieux. Voilà l’esprit. D’ailleurs, j’ai ri. Beaucoup.  Mais je suis émue aussi. Emue de me dire que les liens que l’on tisse tout au long de notre vie, si l’on en prend soin, sont aussi un filet. Un harnais. Une cordée.  Emue de me dire que moi aussi, j’ai fait appel à mes tribus. Pour réaliser le rêve d’un pote. Qu’on a bossé sérieusement sans se prendre au sérieux. Que d’autres (Ardentes) rencontres sont prometteuses de très bons moments. Qu’un bar est un endroit où l’on cause et que je m’y suis sentie chez MA. 🙂

Soupir. Sourire. Qué vie ! Il me faudra bien la Vendée et son faux grain pour m’en remettre …

Prenez soin de vous.

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Le jeu des ressemblances …

J’ai 37 ans. J’ai la peau mate et les yeux foncés. Et j’ai du sang espagnol qui coule dans les veines.

Je ne me suis jamais vraiment intéressée à mes origines familiales au-delà de mes grands-parents. Et encore. Je ne comprends pas bien pourquoi puisque j’adore remonter dans le temps, j’aime les anecdotes, j’offre des rôles fabuleux aux figurants de photos jaunies par le temps, je décore mentalement ‘façon’ époque’ tous les lieux de vie que je visite. J’aime ré-inventer le passé.

Mes souvenirs sont assez vagues et on me pardonnera mes à-peu-près. L’essentiel n’est pas là et la mémoire a ses interprétations. De mes grands-parents paternels, je peux dire en vrac : flamands de  Sint-Niklaas, migration louviéroise. Georges, vendeur de patates, vieille charrette tirée par un cheval encore à l’ère des premiers camions de livraison, m’a-t-on dit. Marie-Josée, dite Marie. Une gentille p’tite curieuse qui a emporté dans sa tombe la recette familiale des choux de Bruxelles. Une maison rue du Gazomètre. Leurs frères et soeurs, je situe aussi. N’Onc François et Tante ‘Essine. Les tantes de Baume. N’onc Jean. Ah et Mèmère, aussi. Des lieux : l’Abattoir de La Louvière, la Place Mattéoti, la Rue de Baume, Un vieil appartement sombre dans le Centre-Ville. De mes grands-parents maternels, moins encore : Arthur, enseignant, mort avant ma naissance. Marie-Louise, p’tit bout de femme énergique et indépendant. La rue de l’Hôtel de Ville. Tante Nelly. Le pèlerinage à Soignies à la Toussaint. Des visages aux traits estompés par le temps. Le teint pâle du passé.

J’ai 3-4-5 ans voire plus et je ne ressemble à personne. Les gens le disent. J’ai des yeux sombres presque comme ceux de ma grande soeur.  Presque. Je grandis et je ne ressemble à personne. Les gens le répètent. Cette peau mate … J’ai 5 ans, une grande soeur et un petit frère. Une petite soeur débarque. Elle me ressemble. Même si elle a la peau et les yeux clairs. Je ne ressemble à personne mais ma petite soeur me ressemble.

J’ai 37 ans, la tête dans un casque, à l’arrière d’une moto et mon regard croise un panneau indiquant Sint-Niklaas. Et paf. L’histoire se renoue. Je n’ai pas d’âge. Je n’ai que le souvenir. Flou. Je n’ai pas d’âge et nous sommes en ‘visite’ dans la famille paternelle. Une dame nous embrasse. Une Grand’Tante ou que sais-je … Elle baragouine un truc en me fixant. Tout le monde se tourne vers moi, perplexe. Une photo sortie d’une boîte et me voilà le sosie d’une ancêtre espagnole. L’on s’exclame. L’on rit. Et moi, je fixe cette photo. Avant qu’on me la reprenne. Je ressemble à quelqu’un. A quelqu’un de la famille.  J’ai la peau mate et les yeux foncés. Et j’ai du sang espagnol qui coule dans les veines. Et à qui veut l’entendre, je le dis.

J’ai 37 ans. Zoé et Titou ont un peu, beaucoup de moi, un peu, beaucoup de leur papa. Les gens le disent. Les avis divergent mais par l’un ou par l’autre, on devine la filiation. Les gens le répètent. C’est bien. Je l’ai toujours voulu. Inconsciemment. Question de racines. Question d’histoire.

Avec le ciel pour témoin …

J’ai passé un pacte avec le ciel … Je ne porte pas de talons pour m’en approcher. Je me hisse sur la pointe des pieds pour l’observer. Je le fixe. Je le montre du doigt. Je l’espionne dans les reflets des vitres. J’apprends à composer avec ses humeurs. Certes, son air plombé me fiche parfois -souvent- le bourdon. Son ton orageux me file la tremblote. Son horizon dégagé me va bien au teint. Ses nuances me fascinent.

Un jour, on m’a demandé si j’avais un fil conducteur dans mes envies photographiques. Sur le moment, je n’ai pas pu répondre; j’ai parlé d’ambiance, de couleurs, d’insolites. Mais en y réfléchissant, s’il y a bien quelque chose que j’immortalise où que je sois, c’est le ciel. Pas par accident. Par-dessus les toits. Au-delà de la mer. En pic d’un clocher. Au fond d’un champ. Accroché à un monument. En fond d’écran.

J’ai 33 ans et je prends les Monstrésors sous le bras pour découvrir la Vendée. J’y rejoins des amis et très vite, j’y trouve une tribu … La tribu vendéenne. Au sein de cette tribu, une grenouille. Ray. Ray la grenouille m’a enseigné la théorie (parfois folklorique) du vrai grain et du faux grain en Vendée. Un ciel, envahi par des nuages, nombreux et chargés, n’annonce pas nécessairement de la pluie sur nos têtes. Un ciel couvert peut se dégager en peu de temps. L’inverse aussi, d’ailleurs. D’où le folklore …  Le vent, son sens et sa vitesse, est le secret. L’horizon, un point à fixer. La Vendée est un pays de faux grains parfois vrais. On craint qu’il fasse moche et puis, on revient avec de jolies couleurs, boostés par la lumière. Un microclimat. J’ai 34, 35, 36 ans et les Monstrésors se mettent, comme moi, sur la pointe des pieds, dans le jardin de notre maisonnette où qu’elle soit en Vendée. Ils cherchent le vent et fixent le ciel. Ray est notre gourou. La Vendée, notre paradis. Cette année encore, je l’espère (prière muette aux nuages …).

J’ai 34 ans et  je suis femme de motard. Il y a des ciels à motards. Dégagés. Lumineux. Il y a l’envie du coin de ciel bleu. A la question ‘destination’, l’amoureux des deux roues répond ‘là où le ciel le veut’. Certes, la réalité est autre. Mais l’idée est belle. J’ai 37 ans et un besoin d’iode. Un motard à enlacer. Les paysages défilent et en direction de la mer, un ciel noir de noir. Une brève pause, un index pointé vers l’arrière, là où le bleu perce encore un peu. S’ensuit une course pour semer les nuages. Ce jour-là, à quelques gouttes près, nous avons réussi. La veille, pas. Mais ce jour-là fut magique. L’impression qu’on pouvait décider. De changer de direction. De fuir les tempêtes et les fâcheux. De se préserver des grains, vrais ou faux. Soupir … Sourire …

Le ciel n’en fait qu’à sa tête. Je n’ai aucune maîtrise sur lui. Mais notre lien est fort. Je le trouve magnifique même quand il est moche. J’aime son air désinvolte quand il est dégagé. Je lève souvent les yeux vers lui. Il est mon échappatoire. Il m’est témoin comme il pèse sur moi. Il est une bénédiction et un royaume. Je l’implore autant que je le contemple. Je lui tends les bras. Je cherche le septième. Je veux qu’il m’entende.  Il est  mon ‘expression’.

Jeremy était à Arras

J’ai 18 ans et je fais la connaissance de Jeremy. Je suis assise en tailleur sur le lit, dans la chambre de mon amoureux et il me présente Jeremy. J’écoute son histoire. Je suis troublée. J’ai les poils, comme on dit. J’ai des frissons. J’suis assez émue. Je ne comprends pas tout et en même temps, je ne le veux pas. Je veux juste connaître le reste. L’environnement de Jeremy.

J’ai 18, 25, 29, 32 ans et Jeremy fait partie des miens. De mes intemporels. On s’en étonne. Ce n’est tellement pas mon genre.  Les tatouages. Le côté bad boy. Naaan vraiment, on n’y croit pas. Et pourtant. C’est sans doute mon côté ‘Punkette Baden Powell’.

J’ai 34 ans et je décide de googliser Jeremy. Ca devient presqu’un réflexe. Googliser quelqu’un. Je suis curieuse et je cherche. Je veux comprendre pourquoi Jeremy a parlé, en classe, aujourd’hui. Ce que ça veut dire. Les avis divergent. Je cherche encore. Un peu comme pour Marie -Jeanne. Joe est parti sans rien m’avoir dit. Sauf que je crois savoir. Pour Jeremy aussi.

J’ai 37 ans et Jeremy vient à Arras. Enfin non. Je me surprends à rêver que Jeremy vienne à Arras. Ressentir le frisson de la première rencontre. On me murmure à l’oreillette que non, qu’il a fait d’autres choses depuis. Que mes 18 ans sont loin. Que … Que … Que …

Mmmm. L’excès d’optimisme, vous vous souvenez ? Jeremy est venu. Contre toute attente. Et le frisson aussi. Comme la première fois. Le reste m’y avait préparé, c’est vrai. Le set était parfait.

Jeremy est un morceau. Un titre. Une histoire. Tirée de l’album ‘Ten’. De Pearl Jam.  Et je suis une groupie. Mais pas que … Le groupe MA offert un grand moment d’émotion qu’il a saupoudré de la magie de mon album fétiche. Et rien que pour ça, je sautille en vous disant : Jeremy était à Arraaaaaaaaaas … J’ai réalisé un de mes rêves … J’ai vu Pearl Jam en concert …

Comme un grand cri …

Aaaah les vacances … J’en rêve toujours un peu, tout au long de l’année. Je vous en parlais déjà à Pâques mais j’aime ces moments où, avec les loulous, on profite de la vie sans dire et imposer : devoirs-souper-bain-dodo-viiiiiite. Mon trio. Mes tribus. Se lever tard, p’tit-déjeuner tard, définir les envies pour la journée ou les impératifs et les réaliser … Avec plaisir et sans hâte. Bohèmes. Vadrouiller. Découvrir. Souffler en fin d’après-midi, chacun dans notre bulle, avant le souper. Comme maintenant. Eux devant un dvd ou un bouquin. Moi avec mes pensées.

Ce début d’été est un peu particulier … Les Monstrésors commençaient leurs vacances ‘avec moi’ (#langagegardealternee) mais sans moi. Ils profitaient de la familia. Ils adorent. Eux et la familia. J’aime qu’ils aiment. Une belle semaine pour eux …  à se construire des souvenir avec leurs mamytantinestontonscousins. Une belle semaine pour moi ralentir la course folle. Boulot sans fixer l’heure en haut à droite de l’écran. Soirées détente. Le pied total. Pour eux et pour moi.

Nos retrouvailles ont eu lieu samedi avec pour horizon, une semaine comme on les aime. Des balades, des potes, un minitrip à Paris, des we de fête. Mmmm. Je savais que le samedi serait sacrifié. Que ces moments dont on rêve sont idéalisés. Qu’il y a la transition … La traditionnelle transition. Se réapprivoiser. Sentir si les limites sont toujours les mêmes pour eux. Comprendre cet air de défi et soutenir leurs regards pour moi.

Sauf que ce fut plus long. Parce que nous sommes épuisés. Parce que le rythme change. Qu’eux ont déjà pris leurs airs de vacanciers et que moi, j’en suis encore à me demander ce que je vais mettre dans le sac pour partir. Qu’ils sont speed et que je rêve de calme. Qu’on ne comprend pas bien pourquoi l’on s’agace. Mais l’on s’agace. Eux parce que j’ai déjà été plus cool et moi parce qu’ils l’ont déjà été plus aussi.

Lundi matin, je me suis sentie tellement loin … Loin d’eux, loin de moi. D’ailleurs, j’suis allée à la cave. J’ai fui, un peu. Un bon gros tri. Ne pas penser et se défouler. Je garde ou je jette ?  Mettre les doutes dans un coin. Remplir des sacs poubelles. Faire un coin ‘déchetterie’. Classer ce qui reste. Reprendre les doutes, en garder quelques-uns jusqu’au prochain tri et jeter les autres. Remonter à la surface. Passer à autre chose. Comme pour le quotidien. Parler. Crier déjà moins fort. Parce qu’on a bazardé le trop-plein avec le reste. Pas l’épuisement certes mais l’excès d’humeur …

Ce matin, les vraies vacances ont commencé. La journée fut belle. Deux impératifs : déchetterie et banque. Une envie : vadrouiller à l’abri de la pluie et manger quand on a faim. Et on a tout réalisés. A trois. Là, je squatte ma table bistrot. Je souffle pendant qu’ils gloussent devant un dessin animé. Mon ventre se dénoue et j’ai plein de trucs à vous raconter : Arras, le coin de ciel bleu, toussa, toussa.

Je vous sers un Chablis ? Servez-vous, les chips sont dans l’armoire à crasses …

(ps : oui, je pourrais écrire là-dessus de plein de manières différentes. rendez-vous aux prochaines vacances ? 🙂 )