J’avait dit : pas de politique !

J’ai 37 ans et je fais partie de ces gens qui n’ont pas envie de convaincre. J’ai un avis, je le partage (ou pas) et s’il ne fait pas l’unanimité, je ne le placarde pas sur les murs mais je n’y renonce pas pour autant. Je n’ai pas besoin d’entrer dans les débats pour savoir que je suis quelqu’un de modéré. D’ailleurs, convaincre me fatiguerait. Les mots à l’écrit me viennent facilement, naturellement. A l’oral, dans les débats d’idées, mon ton et mes phrases sont souvent maladroits. Je suis toujours dans l’émotion.

J’ai 35 ans et j’écris que si je vote, c’est pour Jules et René. Parce qu’à l’arrière d’une moto, j’ai été happée par les croix blanches d’un cimetière militaire.

J’ai 37 ans et  à l’arrière d’une moto, les mêmes croix blanches ont fait bouillonner mes pensées dans le casque. C’est la crise. Je suis une privilégiée. J’ai un job à plein-temps. Je travaille dans le public. J’ai la sécurité de l’emploi. Mes enfants ne manquent de rien. Ils reçoivent une pension spéciale. Et pourtant, mon compte personnel rame. Le prix de l’énergie a (notamment) modifié mon train de vie qui était juste normal. Je rogne. Sur de plus en plus de trucs. Comme tout le monde. Mais je flirte tout le temps avec le rouge. Quand je n’y suis pas carrément. Sans faire de folies. Je suis une privilégiée. Mais c’est la crise et j’assume ‘seule’ le quotidien du loyer, des taxes, des factures, de … Comme pas mal de mes ami(e)s. C’est un choix, presqu’un credo et j’essaie de l’assumer au mieux. Mais je me demande comment font ceux qui sont moins privilégiés que moi. C’est la crise et dans les débats, fleurissent des solutions faciles et extrémistes.

J’ai 37 ans et Facebook, en cette période électorale, me fatigue. Je me réjouis que la campagne se termine et m’agace déjà des ‘tout le monde a gagné’ et ‘mon parti n’a pas la main (#danstagueule)’. Je ne manifeste pas. Je ne crie pas. Je n’ai pas de projets pour changer le monde. Et je continue, naïvement, à me dire que si je vote, c’est pour Jules et René.  Et plus encore parce que c’est la crise. Mais je ne sais plus quoi répondre aux potes qui me disent ‘à quoi bon voter, les alliances sont déjà négociées en coulisse’. Et je ne veux pas qu’on me dise quoi répondre. J’assume mes doutes et le talent de convaincre que je n’ai pas. J’admire mes potes et mes potines engagés. Je ne suis pas comme eux, comme elles. Je n’aime pas l’affrontement. Je n’aime pas le conflit. Si j’ai (presque) renoncé à ce que tout le monde s’aime, je suis toujours fondamentalement contre les extrêmes. C’est une conviction tellement ancrée en moi que je pourrais avoir oublié d’où elle me vient. Mais je n’oublie pas. Ni Jules, ni René, ni la manière dont ils ont changé ma vie. Si je vote, c’est pour garder leur étincelle dans mon regard.

Bientôt, j’aurai 39 ans et je devrai voter. 2014 est la prochaine échéance. J’ai peur. De perdre l’étincelle. De perdre l’envie de voter aussi. J’ai peur et j’ai confiance.  Je suis une force tranquille et au final, je résiste plutôt bien aux fâcheux.

Quoi que vous fassiez dimanche dans l’isoloir, dites-vous que ceux qui se présentent en sauveurs ne le sont potentiellement pas. Pour le reste, je suis aussi paumée que vous …
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Je voterai pour Jules et René …

en mai 2010, j’écrivais un article sur FB.

Le 13 juin 2010, je voterai pour Jules et René …

Il y a des convictions tellement ancrées en nous qu’on ne se souvient plus nécessairement d’où elles viennent. Et puis, au détour d’une longue balade en moto, on voit au loin des stelles blanches … Un cimetière militaire … Et là, à la même vitesse que les deux roues sur le bitume, les images défilent … Et deux prénoms me reviennent, entre autres … Jules et René …

Jules et René, je les ai rencontrés en 1993. J’étais en rhéto. Ca ne me rajeunit pas. Mais eux non plus, ils avaient atteint le quatrième âge … J’avais choisi un cours à option : activités de synthèse … Grand projet de l’année : écrire un livre … Ce livre serait la base d’un documentaire filmé par le groupe d’audio-visuel et serait illustré par les dessins des élèves du cours d’éducation plastique. Le thème : le Fort de Breendonk et l’univers concentrationnaire nazi.

Oups, certains d’entre-vous se crispent déjà … MA, elle va faire un raccourci clavier et elle va tout confondre. BHV, nazisme, extrémisme, … Non … Rassurez-vous …

Il y a avait Jules, René mais Benoît, Paul et Pierre. Tous étaient passés par le Fort. Notre groupe les a interviewés. Et moi, ils ont changé ma vie. Si. On a écrit le bouquin, il a été illustré et le documentaire a été tourné. Une expérience marquante …

Tellement marquante qu’elle a orienté un de mes choix de vie : mes études. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire et là, le déclic. J’allais m’inscrire en fac et étudier l’Histoire. Dans un seul but … Construire mon mémoire de fin d’étude avec Jules et René. Autour d’eux et des autres, ceux que j’allais retrouver … Et je l’ai fait.

J’ai bouffé de l’Antiquité, du Moyen âge et des Temps modernes sans conviction mais il le fallait. J’avais un projet à mener à bien. Et le temps qui passait me faisait peur … Z’étaient plus tout jeunes, les piliers de mon projet ;o)

Le retour à la vraie vie … Voilà de quoi je leur ai demandé de me parler pour mon mémoire. Pas les camps. Mais l’après … Irrémédiablement, ils parlent de l’avant aussi. Ils plantent le décor.

Le point commun entre ma vingtaine de témoins ? Une étincelle dans le regard. Le poids de la vie et la valeur de l’existence … C’est cette étincelle qui a entretenu ma flamme pendant mes années d’unif. Et c’est elle qui se ravive en moi dans le chaos politique que nous connaissons. Et c’est elle que j’ai identifiée à l’arrière d’une moto ;o) Le ‘plus jamais ça – contrer l’extrémisme sous toutes ses formes’.

Jules m’a appris à faire des choix et à les vivre. Jules m’a dit qu’il faut éviter de s’endormir dans sa vie. Qu’il faut être vigilant. Dans la vraie vie, en amour, en amitié, au boulot. Mais en politique aussi. Que le sauveur n’existe pas. Qu’il y a des bonnes et de moins bonnes alliances. Mais qu’il faut les chercher, leur donner la possibilité d’exister. Et en tant que citoyen, ça veut dire ‘voter’. Que si on pense qu’ils sont tous pourris, il faut proposer autre chose mais il ne faut pas se résigner. Il faut essayer d’autres alliances, d’autres gens. Mais ne pas s’abstenir. Ne pas laisser un vote blanc amplifier le vote de ceux qui croient à un sauveur unique, même charmant, même convaincant.

René m’a appris la nuance. Que tout n’est pas noir ou blanc. René n’aimait pas non plus la solution facile du ‘tous pourris’ et on ferme le sac sans trier. Qu’un gardien allemand pouvait obéir aux ordres et ne pas être nazi. Juste ne pas avoir été soldat à la bonne époque ;o) et subir les choses. Et qu’au cachot, René a survécu grâce à l’un d’eux. Qui lui fournissait crayon et papiers. Qui passait son courrier. Qui avait compris que sans l’écriture, le prisonnier n’aurait plus rien à quoi se raccrocher. Il l’a ‘maintenu en vie’.

C’est pour eux que je voterai le 13 juin. Pour ne pas subir, pour nuancer, pour chercher une bonne alliance, pour voter pour des gens biens sans m’agripper à une couleur … Malgré ma colère, malgré mon raz-le-bol, malgré mes doutes.

Et comme à l’époque de FB, les amis de nos amis sont aussi quasi nos amis, j’avais envie de vous présenter Jules et René. Et de vous parler de cette étincelle dans leur regard …

Voici les clés

J’ai 37 ans et j’aime les rituels. Ce soir, comme un mercredi sur deux, je rentre à la maison ‘just in time’ pour accueillir les Monstrésors. J’aime ce moment où la sonnette retentit et où je demande avec une fausse naïveté ‘cékiiiiiiii’ et qu’en choeur, ils répondent ‘cénouuuuuuuuuuus’ avant de grimper, d’humeur(s) variable(s), les deux étages qui nous séparent du bisou de retrouvailles. Souvent, ils lèvent la tête pour vérifier si je suis bien accoudée à la balustrade. Soupir. Sourire. Les rituels sont structurants.

Et ce soir, j’ai speedé pour rentrer ‘juste avant eux’. Allumer les lampes et être là pour le coup de sonnette caractéristique. Ce soir, pourtant, j’ai la mine déconfite. La sonnette n’a pas retenti. C’est un bruit de clé qui les a annoncés. Un bruit de clé dans la serrure. Ils n’ont pas sonné. Ils m’ont embrassée, tout sourire, fiers de leur arrivée surprise. J’ai souri aussi mais … et notre rituel ? N’y sont-ils pas attachés eux aussi ? N’aiment-ils pas le cékiiiiiiiiiiiiiicénouuuuuuuuuuuus d’un mercredi sur deux ?

Si. Sans doute. Ils l’aiment. Mais ils aiment plus encore l’autonomie de deux clés sur un anneau. Les Monstrésors vont rentrer seuls à la maison. Un vendredi sur deux. De l’école à la maison. A l’heure dite ‘des parents’, 15h30.  Un vendredi sur deux au début. Ils négocient déjà les jeudis ‘au cas où mamy ne viendrait pas’. Les Monstrésors vont se créer un rituel et ils s’en réjouissent.

Et paf, j’ai entre 13 et 16 ans et je suis en secondaire. Les parents d’une amie me déposent devant chez moi tous les jours après l’école. J’ai ma clé. Je rentre. Je jette mon cartable dans le couloir et j’allume la télé. Je regarde l’heure du coin de l’oeil et je mets le gaz sous les casseroles quand approche le retour des parents et du reste de la smala. J’oublie que je pourrais déjà commencer mes devoirs. Il y a Caroline Tresca dans le poste et j’ai souvent des trucs hyper importants à confier, vautrée dans le divan, pendue au téléphone dont le fil n’est jamais assez long, la faute aux noeuds, sans doute. C’est mon rituel de l’après quatre-heure.

J’ai 37 ans et les Monstrésors sont encore en primaire. Et dès ce vendredi, ils rentreront à pieds de l’école.  Ils auront chacun leur clé, comme back-up de l’autre. Vu la tendance familiale, c’est plus prudent. Ils vont rentrer et jeter leurs cartables dans le couloir. L’un(e) va allumer la télé, l’autre l’ordinateur. Chacun son tour. Ils rangeront peut-être les reliefs du goûter avant mon retour. S’ils gardent un oeil sur l’heure. Mais rien n’est moins sûr. Ils oublieront les devoirs et les leçons. Il y aura ‘je ne sais quoi’ à la télé et Skype remplacera le téléphone. Ils seront vautrés. Vautrés et heureux du rituel de l’après quatre-heure.

J’ai 37 ans et j’aime les rituels.  Bientôt, notre rituel d’un mercredi sur deux sera le bruit de la clé dans la serrure. Bientôt. Quelques mercredis encore et on l’aimera aussi fort que le précédent. La vie va vite. La vie est belle.