Jusqu’à la dernière feuille !

Le mercredi matin, tôt, est un moment pour MA. Le mercredi matin, je prends la route des grenouilles. Sur la route des grenouilles, il y a une drève et à l’orée de la drève, il y a une auberge. Je ralentis toujours un peu avant de m’engager sous les arbres serrés. Comme pour prendre ma respiration. Mon regard s’attarde sur des détails. Mes pensées vagabondent.

Depuis quatre semaines, devant l’auberge, un homme balaie les feuilles des arbres que l’automne a enluminé de couleurs chaudes avant de les abandonner à même le sol. Un homme balaie et ramasse des feuilles par brassées et moi je secoue la tête, perplexe. J’imagine qu’il accomplit les mêmes gestes tous les jours en cette saison et vraiment l’envie me titille de m’arrêter et de lui dire que ses efforts sont vains. Qu’il est peut-être distrait. Qu’il ne regarde pas plus loin que le bout de son nez et qu’il n’a pas remarqué qu’il est entouré d’arbres PLEIN DE FEUILLES … et que sa tâche est sans fin ! Que demain, ce sera pareil. Que ce ne sera JAMAIS vraiment dégagé.

Ce matin, il était appuyé sur son balai. Un sac vert à peine rempli. Plus une feuille au sol ou presque. Il fumait une clope en regardant en l’air. Je me suis garée de l’autre côté de la rue. J’ai suivi son regard, appuyée sur le volant, à travers le pare-brise. J’ai suivi son regard et j’ai souri. Plus une feuille sur les arbres avoisinants ou presque. Une vue sur le ciel. De la lumière timide, mais de la lumière quand même. Il a gagné. A la radio, le Grand Mag sur la Première et Cali qui parle de l’album de l’apaisement. Du retour aux sources. D’un opus qui aurait pu s’appeler ‘la vie des gens’. Il dit qu’il cherche des moments d’émotions et qu’il en écrit des chansons.

Moi aussi j’aime imaginer la vie des gens et écrire leur histoire. Et mon monsieur au balai m’a offert une jolie fin à la sienne … Je me demande ce qu’il fait le reste du temps … J’aime à penser qu’il profite …

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La saveur du bolo

Je suis assise à ma table bistrot dans ma cuisine. Je sirote un verre de vin. Mon bolo mijote. Une grande marmite. Demain, la tribu des historiens se retrouve. A la ferme. Chez l’une du quatuor de base. Les Monstrésors trépignent d’impatience. Et moi tout autant. Je n’ai pas eu le temps de préparer mes traditionnelles compils mais qu’importe. J’ai ma sauce bolo. Nos hôtes offrent le cadre, le couvert et les boissons. L’un s’occupe de l’apéro, l’autre du dessert et cette fois, j’amène le plat. Je suis dans ma cuisine et le fumet du bolo me titille les narines.

Et paf, j’ai 16 ans et ma tantinette me transmet sa recette. Oignons, carottes et viandes qui cuisent dans de l’huile d’olive avant d’être recouverts de tomates concassées et d’être fleuris de laurier. On goûte (mais pas trop, hein, MA), on épice, on regoûte, on épice, on regoûte. Le lendemain, il sera parfait. Le lendemain, il est toujours meilleur.

J’ai entre 17 et 21 ans et de kot en kot, mon bolo évolue. Des petits pois y ont flotté. Des champignons y ont baigné. Parfois, même, des courgettes s’y sont perdues. Au gré des idées des uns ou des autres. Je le prépare la veille. Et je goûte (mais pas trop, hein, MA), j’épice, je regoûte, j’épice, je regoûte. Demain, il sera parfait. Le lendemain, il est toujours meilleur. Et toujours, il se mange en grande tablée. C’est le plat qui réunit. J’aime inviter …

J’ai entre 21 et 32 ans et j’ai un amoureux qui adore cuisiner. Le bolo se fait rare pour les fêtes mais il devient le plat des retrouvailles familiales le vendredi soir. La recette revient aux basiques. Au diable les petits pois, les champignons et les courgettes. Les épices, par contre, se font plus précises. Je le prépare le jeudi. Et je goûte (mais pas trop, hein, MA), j’épice, je regoûte, j’épice, je regoûte. Vendredi, il sera parfait. Le lendemain, il est toujours meilleur.

J’ai 32 ans et ma vie change un peu. Je reprends les commandes. Fourneaux compris. Le quotidien est un peu chahuté et le bolo revient en force. J’aime inviter et pourtant, maintenant, je déteste cuisiner. Les tribus me sont nécessaires, elles se sont agrandies et ce plat mijoté est à la fois le seul que j’aime préparer et le seul qui (me) permet de rassembler les grandes tablées.  Peu importe qu’à nos âges, on reçoive autrement, qu’on se décline en entrée-plat-dessert, qu’on sorte la belle vaisselle et que la déco de la table soit raffinée. Chez MA, le bolo retrouve ses lettres de noblesse. Je le prépare la veille. Et je goûte (mais pas trop, hein, MA), j’épice, je regoûte, j’épice, je regoûte. Demain, il sera parfait. Le lendemain, il est toujours meilleur.

J’ai 37 ans et j’ai essayé d’autres plats ‘grande tablée’. J’aime toujours autant  inviter et je déteste toujours autant cuisiner. Quel paradoxe. Je mets l’essentiel ailleurs. Dans l’ambiance et dans le vin 🙂 Je choisis des trucs qui me permettent de profiter. La fondue viande façon bouillon. L’assortiment de fromage. Les dés de poulet à la provençale. Je varie. Mais le bolo garde comme un parfum de fête … Que je le prépare ou que je le déguste (poke la tribu scoute). D’ailleurs, je vous laisse. Je dois aller le goûter (mais pas trop, hein, MA), l’épicer, le regoûter, l’épicer, le regoûter. Demain, il sera parfait. Le lendemain, il est toujours meilleur.

Petits plaisirs

Amélie Poulain est un plaisir et doit le rester. Même quand novembre te rend terne …
#proverbeMAgique

J’aime … la première gorgée du café du matin. Les chaussettes qui tombent en accordéon sur mes chevilles. Les bulles musicales. Croiser le regard des Monstrésors quand ils essaient de garder les yeux ouverts, le matin. Sauter dans un vieux jean’s troué.  Faire sourire les gens dans leur voiture embouteillée. Zoé qui chante à tue-tête dans un anglais phonétique. Scruter les inconnus et leur créer un présent. Griffonner dans mon moleskine avec des feutres de couleur. Surprendre. Les histoires loufoques que Titou écrit dans une orthographe fantaisiste. Le col roulé vert. La rouquine qui flotte dedans. La trace de mes bottes en caoutchouc sur le sable dur. Vibrer sous son regard. Marcher pieds nus sur un sol chauffé par le soleil. Ma table de kermesse à boudins. Les colliers à boules ou à pastilles colorées. Les rires en cascade. Les rituels. Les mots. Qu’ils ne soient pas nécessaires. Qu’il y a pire comme vie. Le vrombissement de la moto. Le parfum d’homme sur ma peau.

J’aime … les gilets à capuche dont le rebord des manches a un trou pour pouce. Me dépasser. Les balades fnac le midi. Pique-niquer sur la place des Martyrs, l’été, au soleil.  Les tribus. Les souvenirs qui parfument le quotidien. M’asseoir sur les tombes.  Qu’on m’aime. La couleur des coquelicots. Serrer mes genoux sur les hanches de mon motard. Mes yeux quand ma peau mate est dorée. Le cuir. Les anecdotes qu’on raconte mille fois en hoquetant de rire. Titou qui martèle moi plus quand je lui murmure que je l’aime. Le regard de Zoé qui pétille derrière ses lunettes. Me vautrer sur mon canapé futon, enroulée dans une couette. Le Chablis, le Pouilly et le Pinot Noir. Les papotes improvisées et les rencontres fortuites. Jouer aux touristes dans ma ville. Le savon Sunlight.

J’aime les petits beurres tartinés au choco maison. Dormir sur le ventre, les pieds tournés vers l’intérieur. Crier debout tas de nouilles. La chaleur pesante de la couette sur mon corps. Un bras qui m’enlace la nuit malgré le sommeil.  Décliner mes boots au gré des humeurs. La tache de naissance que Zoé a sur le ventre. Love actually. Immortaliser les émotions.  Penser que j’aurais pu écrire cela. Les expressions gimmicks. Que mon amoureux pense que je suis chtarbée. Le sport … surtout après. Ma tête d’angelote. Penser que mon frère est heureux maintenant. Les fleurs dans un vase parce que c’est joli. Pourrir d’amour le mur des potes. La stracciatella sur un cornet. Les ciels torturés. L’orange. Que tu aimes aussi. Les maillots une pièce qui se nouent derrière le cou. La Place Stanislas. Que les pingouins m’agacent. Joe Dassin. La cicatrice que Titou a sur le front. Les intemporels. Avoir envie de ça tout de suite maintenant. Les yeux gris-bleus. L’inclinaison des tournesols.

(…)

Liste à relire et à compléter à l’envie …

#délivrésansprescriptionmedicale

Bords de mondes

Bords de mondes. Un recueil. Des textes qui illustrent des photographies. Je feuillette et je souris. Je souris en me disant que ce titre me parle. Parce que si je le feuillette vautrée dans mon canapé, c’est parce que deux mondes se sont mêlés. La vraie vie et la vie virtuelle.

Je ne connais pas vraiment Martine Cornil. Je l’ai croisée, un jour, Place Gaucheret. Dans la vraie vie. Ambiance particulière que la vie virtuelle permet de prolonger. Bords de mondes. On se suit de loin. Sans nécessairement qu’un lien se tisse. On oublie parfois d’où l’on se connaît et si l’on se connaît vraiment. Dans la vraie vie. Martine décore son mur virtuel d’images qui accrochent le regard. On s’y balade comme dans une galerie d’art. On laisse son imagination galoper. On aime ça. L’histoire pourrait s’arrêter là et elle serait déjà très belle. Mais non. Un espace d’art ouvre ses portes et propose de vrais murs pour y accrocher les oeuvres de Martine. Pour qu’on s’y balade. Pour que l’imagination galope. Bords de mondes. On pourrait même s’y procurer un livre publié chez Maelström. 29 auteurs ont posé des mots sur des photos. De l’imaginaire. Bords de mondes.

Un jour d’automne, un jour de pluie, j’ai poussé la porte de cet espace d’arts. Magie du lieu. Sourire de la maîtresse du dit lieu qui vous accueille un rouleau de peinture à la main. Rien ne semble anormal. Tout est naturel. On se sent chez soi. On la suit. Elle change les oeuvres de place comme sur un mur virtuel. On pourrait même s’asseoir et s’appuyer sur les accoudoirs rouges des fauteuils pour l’écouter parler. La galerie est née en quelques minutes. Dans son imaginaire. Le coup de coeur pour un endroit. L’envie d’exposer des gens sans noms (connus) au(x) talent(s) certain(s) dans un monde incertain.  Et l’imaginaire devient réel. L’espace d’arts Sandrine Heerebout existe. Bords de monde. La boucle est bouclée.

Espace d’arts Sandrine Heerebout, 120 rue Th. Vander Elst, 1170 Bxl. Du jeudi au samedi, de 14h à 18h30. Les photographies y sont exposées du 18 octobre au 22 décembre 2012. Notamment. Il y a d’autres belles oeuvres à découvrir. N’hésitez pas !