We’re from Barcelona

 

Ma crollée aux grands yeux bruns vient d’avoir 5 ans. Depuis quelques semaines, elle découvre, contre son gré, la vie alternée. Elle ne comprend pas bien à quoi on joue. Surtout moi. C’est quoi ce nouvel appartement. Oui, il est chouette mais on retourne quand vivre avec papa tous ensemble ?  Elle ne trouve pas ça drôle du tout. Elle a souvent la mine renfrognée, le front plissé et les sourcils froncés. Et moi, nouée de partout, je ne sais trop comment la dérider et j’accumule les maladresses et les actes manqués.

Ma crollée aux grands yeux bruns vient d’avoir 5 ans. Je l’observe dans le rétroviseur de la voiture et je me dis que notre complicité s’effiloche, un peu. Sauf quand la radio entonne le ‘nanananananananananana’. Là, son visage s’éclaire, nos regards se croisent et son sourire me dénoue. Jusqu’à ce que le refrain lui sorte de la tête. Alors, les sourcils se froncent, la mine se renfrogne et le front se plisse. Mes noeuds reviennent. Un matin où je suis seule dans ma voiture, j’entends la chanson et moi, aussi, je souris, façon pavlov. Conditionnée. Et paf. Le déclic. J’achète la musique. Je la mets à fond et je l’appelle chez son papou. Son cri de joie, mazette … J’en tremble encore.

Ma crollée aux grands yeux bruns vient d’avoir 11 ans. Elle s’assied à côté de moi dans la voiture. J’ai dit oui distraitement, un jour, et depuis, elle le vit comme un acquis de (jeune) grande. Elle augmente le son quand c’est trop bien et elle fredonne façon anglais phonétique. Mon Floché, à l’arrière, regarde distraitement par la fenêtre. Il sort de ses rêveries quand ça move it cool.  La musique est un endroit où l’on se (re)trouve.

Ma crollée aux grands yeux bruns vient d’avoir 11 ans et y a encore des trucs qu’elle ne trouve pas drôle du tout. Elle a, pour ces moments-là, sa mine renfrognée, son front plissé et ses sourcils froncés à portée de main. Et moi, je ne sais pas nécessairement trop comment la dérider. Je ne peux plus l’observer dans le rétroviseur de la voiture et je me dis parfois que notre complicité pourrait s’effilocher pour un rien. Parce qu’on ne se comprend pas toujours. Parce que les maladresses s’accumulent. C’est souvent le moment choisi par la radio pour passer un titre trop bien. Elle augmente le son ou il revient sur terre, loin de ses rêveries. Et quand ils me demandent si j’ai déjà cette chanson-là sur mon iPod, je souris et je dis qu’au pire, ça ne saurait tarder. Même si c’est de la daube.

Mes Monstrésors vont avoir l’âge du trop nul et des parents trop cons. Et quand j’y pense, je tremble un peu. On n’est pas à l’abri d’une maladresse ou de choses franchement pas drôles. Mais je me dis qu’il y aura toujours bien une chanson trop top qui passera à la radio. Et que je ferai l’effort de les y trouver … Même si c’est de la daube. Parce que la musique est notre bulle.

‘I’m gonna sing this song with all of my friends
and we’re I’m from Barcelona
Love is a feeling that we don’t understand
but we’re gonna give it to ya

We’ll aim for the stars
We’ll aim for your heart when the night comes
And we’ll bring you love
You’ll be one of us when the night comes’

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Biffons le presque !

courgette

J’ai 38 ans. Comme l’an dernier, ma page Facebook a été complètement repeinte. De jolies choses. De souhaits. De voeux. De douceurs. De pensées. De tendresse. De musique. De photos. De mots drôles aussi … Sans oublier les sms, les mails et les bisous en direk live. J’ai même reçu une courgette. UNE COURGETTE, quoi ! Que du plaisir, vraiment. Et d’ailleurs, ça y est … je pleure.

Si je regarde par-dessus mon épaule, à presque 37 ans,  j’épinglais ‘le pv pour excès d’optimisme‘. Pour mes presque 38 ans, vous avez d’emblée biffé le « presque ». Vous m’avez souhaité des papotes. Joyeuses. Belles. Riches. Nombreuses. Par millier(s). Les papotes.. Les voeux aussi. Comme un clin d’oeil à ce blog. Comme un cadeau.

J’ai 35 ans. Ma vie se construit. Je la façonne. Quoi qu’il MArrive. J’avance. Vite. Droit devant. Toujours. Et ça me réussit plutôt bien. Jusque là. Jusqu’à me prendre un mur. Le mien. Mon monde s’écroule. Un peu. Beaucoup. Passionnément. Je ne vois plus que ces fissures colmatées grossièrement et les trous bouchés à la truelle. Pourtant la vie, vue du sol, mérite que je me mette à genoux. Que je me relève aussi. Progressivement.

J’ai 36 ans et je suis debout. Mon mur est à nu. La brique est brute. Les fissures donnent du corps à la structure. Paradoxalement. Les trous sont vidés. Ils laissent passer la lumière. Comme les fêlés.

J’ai presque 37 ans et je me surprends à aimer les fêlures. A  regarder au-delà, un oeil fermé, le nez collé au mur. Par les briques manquantes. Des mots (me) viennent. Ils me surprennent. Ils donnent un parfum à ce que je vis. Ils colorent ce que j’ai vécu. Et MAgnifique cadeau, via mapapote, ils (vous) plaisent.

Je n’ai jamais été douée pour le TETRIS et à 38 ans, je m’en réjouis. Je vacille. Encore. Comme un empilement instable. Mais maintenant, je sais … Des puits de lumière jaillissent (parfois) de fêlures. Ils esquissent un chemin. Irrégulier. Buissonnier. Un joli parcours d’envies, de frustrations, de plaisir et de papotes vers mes presque 39 ans …

Sur la place

J’ai (presque) 38 ans et l’autre soir, j’ai fredonné. Sur la place. Un jeudi. A l’aube des vacances de Pâques. Mon dernier vrai soir avec les Monstrésors avant un moment. Une envie de marquer le coup. Même si y a école demain. Une envie de profiter. Parce qu’on a manqué de temps pour souffler. Une envie de voir du rêve dans leurs yeux. D’entendre des rires dans leurs voix et moins de tensions dans la mienne. Une envie de nous faire plaisir, simplement. L’idée des Baladins du Miroir est rapidement devenue la bonne idée. Le Chant des Sources, une évidence.

J’ai (presque) 38 ans et installée en haut des gradins, sous le chapiteau, je zyeute les Monstrésors, captivés par les contes et les chansons. Par l’univers aussi. Les roulottes en dehors. Le décor en dedans. Le tout fait avec (presque) rien mais avec (beaucoup de) talents.  J’explique ici et là une histoire un peu plus compliquée. Je savoure les gloussements discrets de l’une et les éclats de rire tonitruants de l’autre. Ce soir-là, ils sont aussi mon spectacle à moi.

J’ai (presque 38 ans) et entre deux contes, aux premières notes d’une chanson, j’ai 16 ans. Peut-être 17. Guère plus. Je ne suis plus sous un chapiteau à Watermael-Boitsfort, je suis dans une chambre à Ermeton-sur-Biert. Je suis en cinquième. C’est l’année de la retraite. On discute en groupe. On se balade en bottes. J’ai mon inséparable. Elle est un peu mon miroir. Elle est aussi blonde que je suis brune mais qu’importe. On se reflète. On cherche nos (re)pères.  Les écorchures en dedans. Les rires en dehors.

J’ai (presque) 17 ans et un soir de tumulte intérieur, elle se met à chanter. Sur la Place. Dans notre dortoir. Elle chante du Brel qui m’est inconnu, moi qui pensais tout connaître de lui. Ni guitare ni tambourin pour accompagner sa voix. Sur la place. Tout est tranquille. Les tumultes s’apaisent. Je me dénoue. Un hymne ? Je ne sais. Juste une voix. L’amoureux l’appelle l’amour. Le mendiant, la charité. Le soleil l’appelle le jour. Moi, je parlerais de sérénité.

J’ai (presque) 38 ans et j’ai usé la chanson. Brel me l’a murmurée tant et tant. Différemment. Plus résigné, peut-être. Je pourrais l’entendre les oreilles bouchées. Je la chante les yeux fermés. Je sens les écorchures en dedans. Elles sont autres. Les rires en dehors. Ils sont vrais.

J’ai (presque) 38 ans et entre deux contes, aux premières notes d’une chanson, un jeudi, à l’aube des vacances de Pâques, la fatigue s’est envolée. Le goût de trop peu avec les Monstrésors a disparu. Les tensions aussi.  J’ai fredonné. La sérénité m’est venue des voix mélangées d’une troupe de Baladins. Mon miroir d’un soir. Un repère … On a profité. Il y a eu du rêve dans les yeux et des rires dans la voix. On s’est fait plaisir. Tout simplement.

(NB : je nous ai évidemment offert la musique du spectacle … 🙂 )