So let’s love fully

So let’s love fully
Let’s love loud
Let’s love now
Coz soon enough we’ll die

Nous allons tous mourir. Un jour … Ne faites pas la grimace. C’est une réalité. Froide, mais une réalité. J’ai 38 ans et la mort a déjà (trop) frappé autour de moi. Brusquement. Inopinément.  Violemment, presque. Je pensais d’ailleurs qu’il n’y avait rien de pire que ces départs précipités auxquels (presque) rien ne nous prépare. Que ne pas pouvoir dire au revoir, sereinement,  entravait le (long) chemin du deuil. Je pensais.

Je sais maintenant que rien ne nous prépare jamais à la fin d’une vie. Que la maladie peut bouffer de l’intérieur. La personne touchée. Son entourage aussi. Qu’on voudrait profiter du temps qui reste. Parce qu’on sait qu’il est (sans doute) compté. Mais qu’on jongle avec les minutes, les heures et les jours. Qu’on scrute le bilan médical. Qu’on cherche les signes d’un mieux.  Qu’on espère des réponses et que l’on n’a que des questions.

« Combien de temps…
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j’y pense, mon coeur bat si fort … »*

Pourtant la vie continue. Carrément. Le quotidien. Et qu’on vit tout avec une sensibilité exacerbée. La vie avec les enfants. L’amoureux. Les potes.  Le boulot. Un mot. Un sourire. Un message. Un geste. Ca y est. Je pleurerais bien, tiens. Mais non, la dictée attend et le souper va cramer. Les dossiers s’accumulent et le linge sale s’empile. La vie continue, quoi. Et, bonheur, les proches sont là. A portée de voix, de caresses, de mots.

Je vais m’habituer. Je vais y arriver. Je reprends mon souffle et j’arrive.  Me raccrocher à cette envie de bouffer la vie. Parce que tant qu’à faire, vivons. Et vivons fort …

« Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d’Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J’ai pas fini, j’ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu’à la fin de ma voix…
Je l’aime tant le temps qui reste… »*

J’ai 38 ans et je suis en zone trouble. Je sais maintenant que rien ne nous prépare jamais à la fin d’une vie. Que la maladie peut bouffer de l’intérieur. La personne touchée. Son entourage aussi. Mais qu’on doit profiter du temps qui reste. Apaiser les tensions, dompter les angoisses et prendre soin d’une ‘tit bonne femme (un peu) folle. Et qu’on va le faire. En visant les vingt prochaines années. Au minimum. Parce qu’on est la reine du PV pour excès d’optimisme.

*Le temps qui reste, Serge Reggiani

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Maman est folle

Ce matin, j’ai fredonné ‘Maman est folle’. Une (fausse) manoeuvre avec les boutons de ma (nouvelle) radio a ressorti William Sheller d’une liste oubliée de l’iPod. J’ai souri. Timidement.

Et paf, j’ai 9 ou 10 ans. Maman adore Sheller. Elle chante à tue-tête les Filles de l’Aurore, ce qui le jour où j’ai (vraiment) compris les paroles m’a assez étonnée. Les albums K7 de l’artiste tournent souvent dans la cuisine ou dans la voiture. J’ai entre 10 et 15 ans et je connais ses chansons par coeur. Je rêve d’encre bleue aux vertus sympathiques et de gomme arabique. Quand papa me fâche, je murmure haut et fort, avec un sourire insolent, que j’ai encore perdu son amour, que je ne sais pas ce que j’en ai fait. Mais surtout, on aime chanter que maman est folle.  En levant les yeux au ciel.

Maman est  folle. C’est vrai.  Maman me rend folle. Surtout. Tout est une reprise. Elle change de tasse à chaque café et de cuillère à chaque bouchée. Le micro-ondes est cancérigène.  Ses raccourcis sont toujours des détours. Elle est allergique au bruit des emballages cadeau déchirés.  Elle garde tout. Elle garde trop. Les sacs en plastique. Les bidons vide. Les pots de confiture. Les Libelle et les Bonnes Soirées. Les fins de savon Sunlight. Qu’elle prononce Sunlichhhhte. Même pas exprès. Elle croit que Fabiola est sa vieille tante. Elle compare les enfants de Mathilde aux nôtres. Elle demande des trucs à youtube. Elle commande des pouilles au noulet. Elle claque des élastiques sur une crise de goutte. Elle a toujours mal où on a mal. Elle souffre des effets secondaires d’un médoc avant de le prendre. Elle a la mémoire (trop) courte. Elle répond aux questions qu’on ne lui pose pas. Rarement à celles qu’on lui pose. Elle dit « C’est toi ? C’est moi !  » quand elle me téléphone. Elle achète des assortiments de yaourt. Pour ne manger que ceux aux cerises.

Maman est folle.  C’est vrai.  Maman me rend folle. Tout est excessif. Les rires de bonheur. Le silence du malheur. Ca crie chez nous. Nos parties rapportées s’étonnent de ce que rien ne se dit calmement. C’est comme ça. On hurle de colère et de joie. Tout pareil.

Maman est folle. C’est vrai. Maman me rend folle. Pas plus tard que là tout de suite maintenant. Parce qu’elle est sans voix. Sans force. Sans envie. Je veux encore des engueulades. Je veux nos apéros du jeudi. Même un dimanche. Je veux qu’elle se batte contre l’ennemi. Qu’elle reprenne des forces. Qu’elle retrouve l’envie. Qu’elle s’accroche à nous. Fatigue ou pas. Maladie ou pas. Parce qu’on est là, nous. Et on est du genre à bouffer la vie. Bordel.

Voilà. Ce MApapote sort du bout du coeur. En trente minutes. Sans relecture. Sur un temps de midi ensoleillé. Impudique. Coléreux et triste. Loin de tout ce que j’écris d’habitude. Je sais que tout ne finit pas toujours bien. Mais là, je trouve qu’on mériterait bien un petit répit … Voilà. Point barre.

La foulée du crabe

womanrace

Vendredi dernier, j’ai couru. Différemment. Pas seule ou en duo. Au milieu de plein de nanas (ou assimilés 🙂 ). Une grande première. La course avait lieu à Louvain-La-Neuve et le temps de trois boucles, j’ai eu tous les âges.

Le départ est lent. La course est un succès de foule. Premières (légères) foulées en passant devant (l’ancien) Châlet suisse où je travaillais, étudiante. Descendre le long de la piscine, passer devant (l’ancien) chez Georges. Sentir l’odeur d’adoucissant qui sort du lavoir de l’Ondine, MON (ancien) lavoir attitré. Courir jusqu’au Lac et y sourire de mes foulées (actuelles) pendant mes weekends d’alternance. Remonter la passerelle, longer l’Aula Magna. Comme je le fais les jours de balade. Passer la Grand Place. Jeter un oeil furtif aux films à l’affiche du cinéma. Dévier vers la gauche. Deviner la côte à venir. Sautiller sur les marches, passer devant la MAAF où mes exploits (occasionnels) n’avaient rien de sportifs. Revoir le Piano et sentir le fumet des brochettes fine champagne. Avoir envie de pousser la porte de la Maison des historiens. Braquer à droite. Croiser la rue du Batty où j’ai koté. Reprendre le chemin du Chalet suisse. Comme avant. (Re)découvrir qu’il n’est plus. Accélérer vers le Blocry et repartir pour deux tours. Puis un. Puis le sourire humble de la victoire … Parce que j’y suis arrivée. Simplement.

Je partais pour deux boucles. Parce que j’étais certaine de les faire. Trois, je doutais. Je ne voulais pas avoir l’air ridicule en abandonnant. Ma première course …  Parce que j’étais fatiguée. Parce que j’avais mal là. Et ici aussi. Et puis c’était vendredi. En plus, les nouvelles n’étaient pas bonnes. J’étais énervée. Tracassée surtout. Et puis merde, pourquoi toujours viser haut et trop. Pourquoi courir, d’ailleurs, en fait ?

Pourquoi courir ? Pour la recherche. Pour le cancer du sein. Pour des femmes qui doivent toujours viser les trois boucles et plus encore. Doute ou pas. Le ridicule ne tue pas. Le cancer, par contre … Pourquoi courir ? Pour des femmes qui veulent vivre. Même quand les nouvelles ne sont pas bonnes. Pour se créer d’autres souvenirs. Et sourire en les évoquant. Pour (se) dépasser chaque jour. Malgré la douleur. Fatigue ou pas. Tracas inclus. Se donner un but et tout donner pour y arriver.

Vendredi dernier, j’ai couru. Trois boucles. A mon rythme d’asthmatique. Lent mais contrôlé. Au milieu de plein de nanas (ou assimilés 🙂 ) qui se sont dépassées. En un, deux ou trois tours. J’ai revu des visages connus. J’ai passé un chouette moment. Mes souvenirs m’ont donné une belle énergie. Je n’ai sauvé personne avec mes foulées. Mais j’ai couru. Pour faire un pied de nez au crabe qui pince. Avec un air de défi. Comme un clin d’oeil. Pour quelqu’un que j’aime fort. Comme un signe. Pour les souvenirs. Les miens. Les siens. Les nôtres. Passés, présents et futurs. Et si vous entendez parler d’une course contre la mélancolie, faites-moi signe. J’ai des défis à revendre. Des pieds de nez en stock. Des envies de vivre à profusion.

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