Des notes pour 2013 ?

J’ai 38 ans et presque tous mes âges ont le parfum de l’une ou l’autre chanson. Il suffit parfois de quelques notes pour que mon esprit soit catapulté en mode ‘et paf, j’ai xx ans’.

J’ai 32 ans et je (re)vis en musique. Besoin d’essentiels. Je scrute, je découvre, je partage. Je compile. Tout est classé sur un disque dur. A côté des photos. Par année. Par genre. Par thème. J’ai 33 ans et une tradition est en train de naître. Résumer l’année en une heure de chansons. En faire des cadeaux. Echanger ses choix le soir du réveillon.

J’ai 38 ans et je finalise mes choix pour la fête de demain. C’est parfois trop court, une heure … Longtemps, certains morceaux de 2013 me transporteront sur les routes entre Bruxelles et La Louvière. Mon été a été bagnole et trajets récurrents. Et qui dit MA voiture, dit pensées et musiques entremêlées. Qu’espérer de cette compil’ alors ? Je regarde dans le rétro et je souris. Une année piquante, certes. Mais pas que …  Des moments sensibles. Des notes qui mouillent les yeux. Des mélodies qui emballent. Des chansons qui prennent aux tripes. Des airs de partage entre tribu(s). Des morceaux qui donnent envie de bouger …

Voici MA playlist de 2013 …
Et la vôtre, elle est faite de quoi ?

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Dead Poets Society

deadpoets

J’ai 38 ans et vautrée sur mon canapé, sous ma couverture, je découvre avec bonheur que Belgacom TV me permet de revoir le Cercle des poètes disparus.

Et paf, j’ai (presque) 15 ans. Je suis en quatrième. La classe est survoltée. Nos professeurs de français et de latin nous ont parlé cinoche. On va aller voir un film. Au Stuart. On se fiche un peu de ce qu’on va voir. On sort de l’école. Le reste importe peu. Brouhaha dans la salle. Les fauves sont de sortie. Le film commence et je tombe sous le charme. Du Capitaine. De sa philosophie. Je m’attache à Todd. A sa fragilité. J’envie Neil et son charisme naturel. Je souris des provocations de Dalton. Le Knox amoureux me bluffe. Je crois que je rêve d’internat et de papote de chambrée.

J’ai (presque) 15 ans et je suis révoltée. Neil se suicide et je ne comprends pas. Pourquoi n’a-t-il pas tenu bon. Pourquoi vouloir mourir ? Et puis, ses parents sont trop cons.  Je ne veux pas qu’on vire Keating. C’est trop injuste. Il a bien fait. Il a poussé ses élèves à penser par-eux-mêmes. Je VEUX, moi,  penser par moi-même. Je ne veux pas qu’on décide pour moi. Je ne comprends pas la voix du plus fort. Même si paradoxalement, je veux qu’on me donne raison. Je suis une ado égratignée et je sors les griffes.  Les mouchoirs, aussi. Pour cette scène finale où Todd grimpe sur son bureau pour crier ‘oh Capitaine, mon Capitaine’.

J’ai 38 ans et j’ai revu plusieurs fois ce film. Différemment. La vie a modulé mon regard d’ado égratinée. Le suicide de Neil appuie là où j’ai souvent mal. Plus qu’avant. Pourquoi mourir ? Pourquoi VOULOIR mourir ? Je ne comprends pas. Je pense ne jamais pouvoir accepter. Je trouve toujours ses parents trop cons. Mais j’avoue avoir mal pour eux, aussi. Ce moment où il est trop tard. Où rien ne peut être réparé. Je garde dans un coin de ma tête la nécessité d’équilibrer règle et fantaisie pour les Monstrésors.

J’ai 38 ans et j’essaie de décider de ce qui est bon pour moi. Je ne sens pas toujours directement où est mon équilibre. Mais je sais. Je sais que brûle en moi l’envie de ne pas me perdre. Un besoin de pétiller. J’ai appris. La fragilité de Todd ne me noue plus. Mais à chaque fois, j’ai peur. Peur qu’il ne grimpe pas. Peur qu’il se résigne. Peur qu’il garde le silence.  Je devine ce que lui coûte l’hésitation.  J’accepte même qu’on vire Keating. L’essentiel n’est pas là. L’essentiel est ailleurs. L’essentiel est dans ce moment où l’on décide de grimper sur le bureau. De se libérer. De parler. De crier « oh Capitaine, mon Capitaine ». Oser être soi. Malgré ce qu’on attend de nous.

J’ai 38 ans et à la tradition veut qu’à la veille d’une année nouvelle, on formule des voeux. Pour ses proches. Pour soi-même. J’aime cette tradition. Et je m’y plie avec bonheur, sans résignation.  Je vous souhaite des frémissements. Des cris d’émotion dignes du « Oh Capitaine, mon Capitaine ». Je vous souhaite d’oser. Je vous souhaite d’être entouré de gens qui osent. Je vous souhaite de trouver l’équilibre. Malgré tout. Je vous souhaite d’être heureux. Simplement.

T’es plutôt sapin ou pas ?

J’ai 38 ans et l’autre midi, j’ai frémi. Nous étions quelques-uns à parler sapin. Naturel ou artificiel. De qui le décore et pourquoi. Autour de la table, les anecdotes ont surgi. Chacun parlait des arbres de Noël de son enfance et plus largement des traditions familiales. J’aime ces moments où l’on partage des morceaux de vie.

Pourtant, j’ai frémi. J’ai cherché  la place du sapin dans la maison de mon enfance et je ne l’ai pas trouvée. Pas tout de suite. J’avais beau chercher,  je ne trouvais que ce petit sapin artificiel posé sur la cheminée en marbre. Je n’y voyais ni cadeaux et ni fêtes mémorables.

Et paf, j’ai entre 2 ans (?) et 15 ans et tout me revient. Par étapes. Le sapin de mon enfance, il est posé sur une table carrée à Wenduine. Parce que nos Noëls, nous les passions à la mer.  Une amie, que dis-je, l’Amie de mes parents nous y invitait tous les six. Avec elle, on a découvert les apéros festifs. Le goût du verre de coca, le soir. Mamy, qui pisang aidant, se sentait comme dans de l’ouate. Les chips. Les p’tites saucisses. Papa qui les engouffrait à une vitesse folle. Pas de déballage bruyant de paquets. Souvent, juste un petit cadeau symbolique. Etrangement, le plaisir était simplement dans le choix du menu. Nous étions sept et nous pouvions tous, exceptionnellement, manger quelque chose de différent. Inlassablement, je demandais une sole. Une grande. Avec de la purée et une sauce au beurre. Noël était une ambiance. Le plaisir d’être ensemble.

Et paf. J’ai 24 ans. Je ne fête plus Noël en famille depuis quelques années. Je le fête là où je suis. Selon l’envie. Selon les parcours de vie. Pourtant, cette année-là, on s’est tous retrouvés à la mer. A Wenduine. Le sapin posé sur la petite table carrée. Tous ou presque. Papa était six pieds sous terre. Depuis quatre jours. Dans le froid. Et nous, nous avions besoin de chaleur. J’ai demandé une sole. Une grande. Avec de la purée et une sauce au beurre. Noël a eu un drôle de parfum cette année-là. Le besoin d’être ensemble.

Et paf. J’ai 37 ans et l’envie de fêter Noël en deux tribus. Un miracle pour MA. Le 24 en tribu de coeur. Comme depuis sept ans. Le 25, qui était devenu jour de flemme, est réhabilité. L’appel des liens du sang. Le besoin d’être ensemble. Même si c’est pour tuer la dinde (remplacée par un rôti) à coup de chamailleries.  C’est qu’on est un peu barge ensemble. Tout est excessif. Rien ne se dit calmement. C’est comme ça. On hurle de colère et de joie. Tout pareil*.

J’ai 38 ans et le sapin est sur croisillon dans un (joli) coin de notre Home Sweet Home. Depuis quelques années, les Noëls sont alternance et la décoration de l’arbre est un moment privilégié. On y parle de ce qu’on fera le 24 et 25 décembre. Une année ensemble. L’autre, pas. Alors on fixe l’apéro festif du soir des retrouvailles. On précise la date. On cause du menu. Cette année, ce sera le 28, en soirée, et la raclette semble en tête des sondages. Ou alors ce sera la fondue viande. On réfléchit encore. S’il y a déballage bruyant de cadeau, ce sera pour découvrir notre album photo annuel. On se réjouit. Le plaisir d’être ensemble. L’ambiance d’un soir autour du sapin.

Je n’ai pas d’âge et j’aime croire que si un jour les Monstrésors causent sapin, ils se souviendront de ces moments-là.  Des nos traditions familiales. Qu’ils souriront de ces morceaux de vie et qu’ils en feront des anecdotes. Qu’ils visualiseront le sapin sur croisillon. Les guirlandes de coeur et d’étoiles. Les boules. De toutes les formes. En deux couleurs. Rouges ou argentées. Qu’ils auront l’envie de feuilleter leurs albums. Et que surtout, ils garderont l’envie d’être ensemble. Sapin ou pas.

MAsapin

*avec le recul du haut de mes 38 ans (bien faits), j’aime penser qu’il n’y a pas de hasards … Nous devions être là aussi, les Monstrésors et moi, pour ce dernier Noël avec Mamy.