Avis de recherche

Patrick Sabatier, si tu me lis, j’ai une mission pour toi.*

*(oui je te tutoie, je peux, tu as animé pas mal de mes vendredis soirs de petiote et de moins petiote).

Je (te) lance un avis de recherche. Comme au bon vieux temps. Comme quand c’était ton job (télévisé). Tu dis ? Retrouver des vieux potes d’école ? Naaaaan, trop facile. Facebook s’en charge maintenant, tu sais … Nan, cette fois, ta mission est un peu différente. Je t’explique …

La nuit du 17 au 18 mars 2016, j’ai eu un petit souci. Je revenais peinard d’un « one day ». Une opération bénigne. Une évaluation post-op positive. Tout roule. Je demande à rentrer. Envie de mon chez MA. Accordé à une seule condition : ne pas dormir seule. Les infirmières sont sympas mais bon … L’idée d’avoir mon amoureux comme garde-malade est plus tentante. Je valide.

Le pauvre … Si j’avais su …

Je te passe les détails, Patrick. J’en reviens à mon avis de recherche. Je cherche deux ambulanciers. Ou urgentistes – que dit-on ?  Pas n’importe lesquels. Ils venaient d’Ixelles. De l’hôpital d’Ixelles.  Ils sont arrivés dans ma chambre sous les toits. Je crois savoir que le lieu n’était pas très accueillant. Et pourtant, ils sont restés.

Ils sont restés. Calmes et apaisants. Pour moi. Pour mon amoureux aussi. Réceptifs à mon humour noir. Et pro-actifs dans la réplique, Patrick.  J’avoue, on a un peu ri quand même.

Certes on aurait dû partir plus vite. Certes, ils ont renoncé à m’embarquer par l’escalier. Trop étroit pour la civière. Trop raide aussi. Je flemmardais. Pas cap de me mettre debout. A chaque mouvement, un gros spasme.  A chaque (gros) spasme, une perte de conscience. A chaque réveil, ils étaient là.

Tu dis, Patrick ? C’est leur job ? Oui, c’est vrai. Mais qu’est-ce qu’ils le font bien. Et ça, c’est pas donné à tout le monde.

Ils sont restés. Ils m’ont super bien vendu l’arrivée des pompiers. Tu sais, Patrick, moi j’ai pensé à mon naturel tragédien.  J’ai tendance à toujours exagérer. Et puis j’ai grimacé. Tant qu’à faire, je les ai réclamés jolis, les pompiers.

Ils sont restés. Le vélux ne s’ouvre pas complètement ? Pas grave. Les pompiers s’affairent. Et eux, ils aident mon amoureux. Faut dire que sa tâche n’est pas facile. Je lui ai demandé d’effacer les traces. Pour les enfants. Sait-on jamais. Ils pourraient passer avant d’aller à l’école.

Ils sont restés. Le vélux ne s’ouvre pas toujours complètement ? Pas grave. A un moment, ils estiment que je dois passer. Ils disent que je suis toute plate.  Que ça va passer. Qu’au pire, on me raccourcit le nez. Et je passe. Pas si plate. Avec mon nez. Je flotte dans les airs. Sur une nacelle fluo. Mon dieu, les voisin(es). A ce jour, Patrick, toujours pas de vidéo rigolote sur youtube. Ouf …

Ils nous ont embarqués. Calmes et apaisants, encore. Ils m’ont ramenée là d’où je venais. Certes Ixelles est plus près. Mais je venais d’ailleurs. Je voulais mon médecin. Ils m’ont entendue.

Ils sont restés. Calmes et apaisants, toujours. Dans un service d’urgence peu familier pour eux. A priori, peu accueillant aussi. Malgré une jolie rénovation des installations. Faut dire qu’on avait désobéi. Ce n’est pas l’usage. Qu’importe. Je voulais mon médecin.

Ils sont restés. Déjà deux grosses heures qu’ils sont avec nous. C’est long deux grosses heures. Surtout avec mon nombril geyser. Ils restent pourtant encore. Ce n’est pas l’usage. Je commence à (vraiment) comprendre. Ce n’est peut-être pas juste des points qui ont lâché. Ils interpellent. Les autres n’ont pas encore très bien compris, eux. Et puis paf. Les autres ont compris. Tout s’agite. Tout se précipite. Un petit signe apaisant. Ils s’en vont. Calmement.

Patrick Sabatier, si tu me lis, j’ai une mission pour toi. Je (re)cherche deux ambulanciers. Ou urgentistes – que dit-on ?  Pas n’importe lesquels. Ils venaient d’Ixelles. De l’hôpital d’Ixelles. Ils ont l’air de plutôt bien s’entendre. Y en a même un qui appelle l’autre ‘lapin’. Tu sais combien j’aime les petits surnoms. L’un a le sigle de la croix-rouge, l’autre pas. Enfin, je crois. J’étais un peu naze, tu sais …

Partage Patrick. Trouve-les. Et dis-leur … Dis-leur merci. Dis-leur que tout est plus facile grâce à eux. Grâce à des gens comme eux. Que le calme et l’apaisement est un don. Qu’ils ont ce don. Qu’ils doivent le préserver. Pour continuer à l’offrir. A celles et ceux qu’ils secourent. Comme ils l’ont fait avec et pour nous.

Et tu sais quoi ? Quelques jours plus tard, je les ai vus rester. A nouveau. Eux ou leurs collègues. Urgentistes et pompiers. Aux côtés des victimes des attentats. Le 22 mars. Calmes et apaisants. Même si les lieux étaient loin d’être accueillants. Ils sont restés. Malgré leurs propres peurs. Parce que Patrick … ne me dis pas qu’ils n’ont jamais peur.

En tous cas, moi, grâce à eux, j’ai eu moins peur.

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5 réflexions sur “Avis de recherche

  1. Ah mille fois oui, tu as raison de leur dire merci. Il y en a des héros au quotidien, de ceux qui sont là juste au bon moment, qui sont plus importants que n’importe qui à cet instant là, des paisibles, des calmes, des plein de sourires, de paroles rassurantes. Big up à mon brancardier qui me chantait une prière ds l’ascenseur avant mon opération. Du blues pr du blues 🙂
    Tu sais que tu pourrais les retrouver, leur nom doit être consigné ds le rapport d’arrivée…… ce serait chouette de leur envoyer ton texte. Partageons l’essentiel

  2. ❤ ❤ ❤ tu sais si bien coucher sur papier les mots que j'ai pu me dire cet été aussi après ma fracture de la mâchoire. Surtout, ne t'arrête pas. continue de nous donner des frissons, des larmes aux yeux. Continue…

  3. Pingback: #sandrakimstaïle | mapapote

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