Les racines du saule pleureur

J’ai 45 ans et j’aime courir de parc en parc dans Bruxelles. J’ai l’impression de passer d’un poumon à un autre. Ce soir, au gré d’une sortie improvisée, je suis passée du parc du Cinquantenaire au parc Léopold. Je connais par coeur le parcours. Il m’apaise. Il me rassure. Je maîtrise les distances. Je mesure l’effort. Juste bien. Après une journée de (télé)travail. Avant la soirée qui commence.

Je connais par coeur le parcours. Et pourtant… En entrant dans le parc Léopold, un choc. Quelque chose a changé. J’en suis sûre. Quelque chose a changé. Je suis une visuelle. Je m’arrête et j’observe. Le parc n’est ni vide, ni bondé. Des gens rentrent du boulot. Des famille prennent l’air. Des chiens promènent leur(s) maître(s). Comme d’hab. Et pourtant, quelque chose a changé. Je m’arrête et j’observe.

Purée. On a emmené le saule pleureur chez le coiffeur. Il est net est bien taillé. Ses longues et fines branches tombantes n’effleurent ni l’eau, ni le sol. Angoisses. Il va mourir. Un saule pleureur doit porter le poids des secrets et effleurer l’eau ou le sol.

Et paf, j’ai.. je n’ai pas d’âge. Je suis dans le jardin familial. La maison est dans mon dos. Devant moi, le saule pleureur. Juste derrière lui, l’immense sapin. Derrière le sapin, le potager du paternel, les fils à sécher de Mamy lavandière, l’abri de jardin, le sureau, les moutons des Dauge. Plus loin encore, les bouleaux, l’arrière du garage Nino et ses vieilles carcasses.

Moi j’aime m’asseoir au pied du saule. Sous ses branches. J’aime lui inventer des histoires. J’aime lui murmurer la vérité. Il me protège. Il garde mes pensées. Il m’aide à respirer. Il m’apaise et me rassure.

Mais… il envahit l’espace. On le taille. On lui coupe les branches. Il est nu. Je suis sûre qu’il a froid. Et sans ses longues et fines branches qui touchent le sol, c’est mon espace qui rétrécit. J’ai froid aussi. J’ai le souffle court. Il me manque mon poumon. Angoisses. Il va mourir. Mon saule connaît mes secrets et doit effleurer le sol pour les supporter.

Et pourtant, taillé, nu et certainement frigorifié, le saule du jardin n’est jamais mort. À la belle saison, toujours, il est là. Enraciné. Fort. Accueillant. Ses longues fines branches me protègent à nouveau. Elles gardent mes pensées. Elles m’aident à respirer. Elles sont mon poumon. Le meilleur des deux.

J’ai 45 ans et ce soir, au gré d’une sortie improvisée, je me suis souvenue. La force du saule pleureur. Peu importe que ses longues fines branches n’effleurent plus le sol ou l’eau. Il peut être taillé. Coupé net ou nu et frigorifié. Il ne mourra pas. Ses racines sont sa force.

J’ai 45 ans et je souris. Ce soir, un saule pleureur net et bien taillé m’a apaisée et rassurée. Et ? Croisez un saule et vous penserez à moi. Déjà, c’est essentiel 😉 Pensez surtout à vos racines. Pensez à la belle saison. J’ose croire qu’elle revient toujours. Et prenez soin de vous.

4 réflexions sur “Les racines du saule pleureur

  1. Le saule pleureur – Rosemonde GÉRARD ROSTAND – Recueil : « Les Pipeaux »

    Saule ! Frisson du paysage !
    Obéissance au vent du soir !
    Rêve penché sur un miroir !
    Cheveux qui se croient du feuillage…

    Faiblesse qu’un ciel encourage,
    Et dont un ciel reprend l’espoir !
    Cœur plein d’oiseaux sans le savoir !
    Destin qui dépend d’un orage…

    Ne serais-tu, Saule pleureur,
    Avec cette forme de pleur
    Et ce front de mélancolie,

    Qu’un portrait à peine ébauché
    De notre visage penché
    Sur la rivière de la vie ?

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